Retour aujourd’hui sur un genre bien singulier du 7ème art, qui avance depuis la nuit des temps avec ses propres codes et nous offre bien souvent de grands classiques. Mais si souvenez-vous, il y eut Les Parapluies de Cherbourg, Chantons sous la pluie ou encore La Mélodie du Bonheur. Et puis il y eut un nouveau cap de franchi avec West Side Story comme pour raconter avec un peu plus de poésie les maux d’une Amérique troublée. Puis dans un style plus détaché, Grease, Saturday Night Fever, The Blues Brothers, Fame, The Rocky Horror Picture Show, Flashdance, Dirty Dancing et Footloose.

Autant de films iconiques pour leur humeur délurée, leur laisser-aller scénaristique et leurs déhanchés sensuels. Et enfin, il y eut La la Land. Emportant tout sur son passage, devenant culte à son tour, et mettant la barre très, très haut pour les suivants.

C’est ici qu’arrive The Greatest Showman, de Micheal Gracey. Alors lui c’est un petit mec bien sympa mais qui n’est pas connu pour grand-chose. Écoutez qu’importe, moi j’aime bien les outsiders qui tentent des choses. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que le petit Michael, il a surpris son monde en mettant en scène l’histoire de Phineas Barnum, un petit gars de la rue qui, au 19ème siècle, invente tranquillement le divertissement de masse et l’ultra-célébrité en constituant une troupe d’artistes pour le moins curieuse…

The Greatest Showman
Hugh Jackman

Un peu d’inspiration

Quand on regarde The Greatest Showman, on pense inévitablement à Freaks, la monstrueuse parade, pour ces humains aux caractéristiques étonnantes, comme le nain, l’homme-chien, le géant ou encore la femme à Barbe. Et donc on pense différence et tolérance. Et puis on pense à Moulin Rouge de Baz Lurhmann pour l’humeur pop-rock ascendant steam-punk des tableaux musicaux ancrés dans un style XIXème carrément réussi.

En effet le film jouit d’une jolie reconstitution d’époque auquel il adjoint une photographie de qualité et une patine moderne qui fait son petit effet. Outre l’esthétique très agréable du film, on a également un gros travail de chef opérateur : les caméras virevoltent et voltigent comme des acrobates autour de chorégraphies énergiques et modernes qui nous emportent à chaque fois, menées par des personnages très fédérateurs.

Chanteurs et chansons

Sans surprise, Hugh Jackman est tout à fait à sa place et conduit le film avec brio, secondé par Zac Efron. Lui ne fait pas avancer le récit mais il a le mérite d’afficher son joli minois et de faire le job comme dans High School Musical. Si je vous dis ça c’est qu’en vrai, la véritable star du film, c’est la BO. Royale, incandescente, unanime, du genre à mettre tout le monde d’accord, et à figurer parmi les nommés aux Oscars en 2019 ! Et c’est l’un des seuls que le film pourra être en mesure de rafler, car le reste n’en fait malheureusement pas un chef d’œuvre de cinéma.

En effet, moins pour s’attarder sur la genèse du spectacle moderne que pour produire un véritable show musical, The Greatest Showman a fait le parti pris de passer sous silence de nombreuses péripéties à grands renforts de raccourcis scénaristiques, au profit d’un formidable spectacle visuel et sonore. C’est assez troublant car on a beaucoup de rythme, mais c’est aussi très souvent au détriment de l’intensité dramatique : on se retrouve ainsi avec de nombreuses scènes trop rapidement introduites pour en saisir toute la sève dramatique. Alors oui, le film s’oublie un peu, comme si on avait pensé les scènes musicales comme des clips, et qu’on avait arrogé un semblant d’histoire autour pour lui donner du sens, ce dont il manque assez.

Et vous savez quoi ? On s’en fout. Parce le spectacle qui se déroule sous nos yeux suffit à combler nos mirettes et que le travail effectué sur les scènes musicales est juste démentiel.

Zac Efron & Zendaya
Zac Efron et Zendaya

Double lecture

Mais là où le film est vraiment malin, c’est dans sa liberté de s’affranchir de la critique, et dans sa promotion du spectacle comme seule et unique vérité. Et c’est un ton qu’il assume tout du long avec beaucoup de cohérence, comme par exemple avec l’incorporation dans le récit d’un critique acerbe. Un homme du grand monde, bourré de snobisme, pourfendeur de l’élitisme artistique faisant face à un engouement populaire sans conteste pour cette nouvelle forme de divertissement jugée vulgaire et dénuée d’intelligence. Vous la sentez la mise en abyme ?

C’est d’ailleurs assez drôle de confronter la note presse Allociné à la note spectateur pour ce film, étonnamment très éloignées : 2,7 contre 4,5 : l’éternel conflit entre le rationnel et le spontané. Le spécialiste et le profane. Sauf qu’à l’arrivée : Vox Populi. 

C’est donc logiquement à mon tour de m’effacer derrière la critique, de mettre de côté mes certitudes cinéphiles, et de m’abandonner à l’évidence. Car oui, The Greatest Showman n’est pas un film, en tout cas pas au sens où l’entend la communauté cinéphile. Mais c’est un spectacle de chaque instant. Fluide, inspirationnel et marquant. Du genre à vous filer des frissons, et à faire applaudir toute une salle au générique, comme la mienne devant ce film. C’est aussi ça qu’on appelle, un moment de cinéma.

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